À propos de mon travail
À INTÉGRER

Sculpter, c’est penser avec la matière, la forme, le volume, l’espace, la lumière et la couleur.
C’est à travers l’expression photographique de mon Père que j’ai appris à voir.
Mon travail avec les granits ou diabase noire me rapproche de sa photographie noire et blanche, de mon enfance. La lumière qui glisse sur les formes… L’arrête qui coupe la lumière pour assombrir le plan suivant et offrir ces différentes intensités de gris jusqu’au noir…
De même, une photographie se construit : étudier le sujet, apprécier la lumière, en comprendre sa composition afin d’en traduire sa vérité, sa vision.
La sculpture, c’est du dessin, c’est aussi le volume dans l’espace, c’est un des fondamentaux de la sculpture et de l’architecture. Je suis un sculpteur du monumental, mais ce sont dans les petites sculptures et le dessin que l’on cherche et trouve.
Je pars en carrières pour trouver mes blocs, ce sont des mondes fantastiques… Certaines sont de véritables cathédrales… Qu’elles se trouvent en Bretagne, en Suède pour la Diabase noire, ou partout ailleurs sur le globe… Un univers envoutant, prenant… Le merveilleux des blocs, des volumes, de la matière… Là, tout est possible, la réalité devient irréelle… L’irréalité devient réalité…
Tous les gens qui travaillent à l’extraction des blocs ont une activité très dure et dangereuse. La matière qu’ils en sortent est la plus belle du monde. Ils ont raison d’en être fier!
Aux silences, aux musiques de la nature, succède le bruit assourdissant de l’activité, des engins qui remontent des blocs pouvant peser plus de 20 tonnes du fond de la carrière, sans compter les marteaux piqueurs et explosions à la poudre noire utilisées pour ouvrir les brèches dans le front de carrière. L’écho fait rebondir avec insistance les sons qui se répondent d’une paroi à l’autre.
Que l’entreprise soit industrielle ou artisanale, la dureté de ces métiers et leurs disponibilités m’incite à la plus grande humilité et reconnaissance. Ce sont toujours des rapports et des échanges d’expériences accompagnés d’un grand respect. Ces professionnels ont des capacités techniques et manuelles absolument primordiales à mes yeux. Ils les mettent à ma disposition.
La totalité de mes sculptures monumentales n’auraient pas et ne verraient pas le jour avec ces résultats sans ces fantastiques conditions.
Le poids, le volume, la masse. La manutention du moindre bloc, que ce soit pour une pièce intimiste et bien plus encore lorsqu’on parle de sculptures monumentales, a une importance primordiale.
L’équilibre visuel d’une sculpture est particulièrement important pour elle même mais aussi pour son transport et son installation.
Sans la capacité à juger de cet équilibre, la manutention est totalement impossible.
Qu’il s’agisse d’un manche de balaie en bois pour déplacer une sculpture en la faisant rouler, d’un pied-de-biche, d’un cric, d’un palan pour la lever ou d’une grue pouvant déplacer plusieurs dizaines de tonnes, la réflexion, la communication et le calme sont une nécessité absolue. L’improvisation est source de danger.
Une sculpture qui heurte un obstacle dur, c’est le bris assuré.
Je possède mes techniques et je peux donc m'en détacher totalement, je n'ai plus besoin de me poser des questions superflues, c'est le cheminement normal d'un sculpteur.
Mon travail est une rude confrontation physique avec la matière. Les granits sont très durs, profonds, puissants. Le moindre relief accroche la lumière… D’où la nécessité d’épurer, d’aller à l’essentiel sans exagérer de relief.
Les granits se prêtent merveilleusement bien au travail de la matière. La majeure partie de mes réalisations est un prétexte à cela… D’ou le contraste entre la matière brute et les volumes adoucis faisant ressortir toute la puissance, la force et la sensualité que je souhaite traduire à travers mes sculptures.
Ces fabuleuses matières offrent de grandes possibilités d’expression et de lisibilité.
Je suis un sculpteur qui a besoin d’évoluer, de tenter parce que l’ennui guette. La sculpture telle que je la pratique demande un temps de réalisation important, des moyens techniques et financiers conséquents. Le rythme est donc plutôt lent et me convient dans la réflexion et acquérir de la maturité au fil des années.
Il peut m’arriver parfois de me confronter très rapidement à un bloc parce que
son volume, sa forme m’appelle dans l’urgence… C’est finalement une partie de l’histoire de chacune de mes sculptures avec pour origines, la découverte du bloc, les croquis préparatoires, la réflexion souvent nocturne. Tout cela n’a pas forcément un ordre établi.
La sculpture determine le choix du bloc. Il faut savoir se laisser guider.
Le choix du bloc fait évoluer la sculpture. Il faut savoir se laisser guider.
Il faut savoir aussi se laisser guider par la matière et parfois laisser faire le hasard !
Ma sculpture réclame une économie de geste. Je dois toujours avoir à l’esprit la simplicité, il ne faut pas galvauder ni trahir la matière.
J’aime la rigueur qui corrige l’émotion.
Pour les surfaces brutes, il faut que le geste soit fort et précis de façon à ne pas être obligé de le répéter et ainsi perdre par des traces d’outils, la puissance et la beauté de la matière. Il faut beaucoup de maitrise et d’assurance… De ce travail dépend le réjouissement de la lumière qui vient animer la matière brute donnant soudain toute sa profondeur et sa puissance…
Pour les surfaces polies, le travail préparatoire pour tendre les formes, révèle le passage de la lumière d’un volume à l’autre, une irisation de la lumière et des ombres régulières… La forme se juge avec les mains, vous sentez sous les doigts toutes les imperfections du volume… Il faut une forme parfaitement tendue avant tout, c’est primordial. Le polissage n’est que le passage successif méthodique d’abrasifs de plus en plus fins. Ce temps long necessaire permet la réflexion…
Ma sculpture est très tactile, elle ne se regarde pas qu’avec les yeux, mais aussi avec les mains.